AU SERVICE DU COLONISATEUR

Questions à des collègues soldats : « A quoi, ou plutôt à qui servons-nous ?

Est-ce que le soldat doit être un « TUEUR PROFESSIONNEL » ? Doit-il être un MERCENAIRE bien payé pour exécuter une oeuvre ?
Est-ce qu'on l'appellerait SOLDAT pour mieux cacher des desseins inavouables et non-excusables dans nos propres sociétés ?

AU SERVICE DU COLONISATEUR

Messagepar admin sur 12 Oct 2008 23:50

Les États-Unis vont-ils gagner la guerre en Irak ?

Au service du colonisateur

http://www.monde-diplomatique.fr/2008/03/RUSCIO/15715


Il y a plus d´un demi-siècle, alors que sévissait la guerre française d´Indochine, alors que les décombres des massacres de Sétif (1945) et de Madagascar (1947) fumaient encore, l´ethnologue/anthropologue (1) Michel Leiris, déjà , posait la question à  ses collègues français :

« A quoi, ou plutôt à  qui servons-nous (2) ? »

Pour balayer de la main toute illusion, s´il en subsistait, il expliquait qu´il était certes impossible d´être détaché du contexte social et politique des temps.

Plus tard, les opposants à  la politique d´expansion occidentale dans le monde - et à  sa forme alors la plus violente, la guerre du Vietnam - avaient engagé une assez vive polémique sur l´usage de l´ethnologie comme justification ou, pis, soubassement de cette politique. « C´était un temps déraisonnable » où les intellectuels appelaient les choses par leur nom : deux numéros spéciaux des Temps modernes, puis un ouvrage coordonné par Jean Copans, avaient choisi le même titre : Anthropologie et impérialisme (3).

Mais, en France, pays de grande tradition coloniale, c´est bien plus loin encore qu´il faut remonter dans le temps.

A-t-on suffisamment remarqué que l´ethnologie coloniale de terrain y fut, d´abord (chronologiquement parlant), le fait de militaires ?

En ce sens, et pour paraphraser une formule célèbre, l´ethnologie, cela a servi d´abord à  faire la guerre.

Que ce soit le général Melchior Daumas (Algérie), le général Louis Faidherbe (Sénégal), le général Joseph Gallieni (Tonkin), Louis Hubert Gonzalve Lyautey (Madagascar), ou des militaires moins prestigieux, officiers des affaires indigènes ou membres des bureaux arabes, la liste est longue de ces hommes soucieux d´asseoir la domination française sur autre chose que la force - ou, plutôt, sur la force plus autre chose. Mais quelle « autre chose » ?

On trouve la réponse, magistrale, sous la plume du plus illustre de ces intellectuels-soldats, Gallieni. A quoi reconnaît-on un officier d´exception ? A ce qu´il ne place pas le militaire aux leviers de commande.

Les « premiers efforts de tout commandant territorial », affirme-t-il, doivent tendre à  « l´étude des races », des « haines » et des « rivalités » qui les opposent :

« Un officier qui réussit à  dresser une carte ethnographique suffisamment exacte du territoire qu´il commande est bien près d´en avoir obtenu la pacification complète, suivie bientôt de l´organisation qui lui conviendra le mieux. »

En somme, concluait-il, « toute action politique dans la colonie doit consister à  discerner et mettre à  profit les éléments locaux utilisables, à  neutraliser et détruire les éléments locaux non utilisables (4) ».

Alors, les spécialistes de l´époque ont-ils été des inspirateurs... des auxiliaires... des agents... des pouvoirs coloniaux ? La réponse ne peut être univoque, contrairement à  ce que laissaient entendre les polémiques des années 1970. C´est tout le paradoxe de la science de cette ère révolue. Dans « savoir colonial », il y a bien sûr « colonial »... mais il y a aussi « savoir », un « savoir malgré tout », disait naguère Fernand Pouillon.

Certes, la conquête achevée, l´ethnologie n´a plus été l´apanage des militaires. Certes, des hommes de terrain, très rigoureux, ont voulu, ont su, ont pu livrer de réels travaux savants. Certains d´entre eux ont même accompagné la protestation des colonisés et/ou des (rares) métropolitains hostiles au système.

Il reste que, durant l´essor et l´apogée du pouvoir colonial, les travaux de la plupart des spécialistes ont été utilisés par le pouvoir pour une certaine politique, la reprise à  prétention scientifique du vieil adage « diviser pour régner ».

Partout, toujours, les décideurs se sont appuyés sur des divisions minutieusement étudiées par les savants :

Berbères/Kabyles contre Arabes au Maghreb,

Annamites contre groupes ethniques minoritaires et/ou contre Cambodgiens en Indochine,

Hovas contre Merinas à  Madagascar...

Personne ne prétendra que ces divisions étaient totalement artificielles, mais elles ont constitué le terreau de la « politique des races ».

Très concrètement, cette diversité humaine et ethnique des sociétés dominées a été utilisée à  des fins de partition permanente.

Alain Ruscio.
Historien, a dirigé, avec Sébastien Jahan, Histoire de la colonisation. Réhabilitations, falsifications et instrumentalisations, Les Indes savantes, Paris, 2007.

Armée, Colonialisme, Identité culturelle, Impérialisme, Minorité ethnique, Recherche, Science, France

Voir aussi

Les Etats-Unis vont-ils gagner la guerre en Irak ?, par Alain Gresh
L´anthropologie, arme des militaires, par William O. Beeman
1) « Anthropologie » désigne plutôt, dans la tradition française, l´étude physique des individus, et on utilise généralement le terme « ethnologie ».

2) Les Temps modernes, Paris, août 1950.
(3) Les Temps modernes,nàƒÂ¢à‹â€ à…¾ 253-254, 1970, puis nàƒÂ¢à‹â€ à…¾ 299-300, 1971 ; ouvrage de Jean Copans, Maspero, Paris, 1975.

(4) Trois Colonnes au Tonkin (1894-1895), Chapelot, Paris, 1899._,_._,___

===========

Transmis et Mise en page par :
Robert Bertrand
admin
Site Admin
 
Messages: 239
Inscrit le: 22 Juin 2007 16:19

L´anthropologie, arme des militaires

Messagepar admin sur 12 Oct 2008 23:52

L´anthropologie, arme des militaires

http://www.monde-diplomatique.fr/2008/03/BEEMAN/15713

transmis par :

Robert Bertrand
admin
Site Admin
 
Messages: 239
Inscrit le: 22 Juin 2007 16:19


Retourner vers LE SOLDAT EST AU SERVICE DE QUOI ? DE QUI ?

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant actuellement ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité

cron