
YPRES
Ypres
(en néerlandais Ieper, en allemand Ypern)
est
une ville et commune néerlandophone de Belgique
située
en Région flamande.
500 000 MORTS EN MOINS DE 25 KILOMÈTRES






































Jean Valbay
05/05/2006 | Mise à jour : 19:20 |
.
Pourtant,
c'est là que les soldats de la 81e division du général Roy et de la
45e division du général Quiquandon furent surpris par les premières
attaques au gaz ypérite. C'est sur cette terre aussi, à Poelkapelle, que
disparut le glorieux aviateur Georges Guynemer, dont ni le corps ni l'appareil
ne furent retrouvés, tant les pluies d'obus labouraient, creusaient, retournaient
le sol. Une terre de sang qui rend encore des victimes englouties. 90 000
disparus sur les 275 000 pertes des
troupes britanniques et du Commonwealth. 55 000 de ces noms s'inscrivent sur la
Porte de Menin, arc de triomphe érigé à l'entrée de la ville d'Ypres. Chaque soir, à 20 heures depuis 1918 – sauf pendant
l'occupation allemande –, un volontaire vient y sonner «the last post», l'extinction
des feux. 35 000 autres noms sont gravés dans le marbre, à Passendale, le plus
grand cimetière britannique d'Europe, où reposent 14 000 Tomies.
Ypres, c'est pour
les Anglais le poème de John Mac Crae, In Flanders fields, qui fait des
coquelicots l'emblème du sang versé par les soldats de Sa Gracieuse Majesté et
que l'on apprend toujours dans les écoles d'outre-Manche. Collégiens et
écoliers traversent encore le détroit pour se recueillir en ces lieux visités,
chaque année, par des dizaines de milliers de Britanniques, Canadiens,
Australiens et Néo-Zélandais.
Ypres, c'est après
la bataille de la Marne, la ruée des armées du Kaiser dans ce secteur où une
percée pouvait ouvrir la route des ports de Dunkerque et Calais. La première
grande bataille se livre à la mi-octobre 1914. Les généraux allemands de la 4e
armée de réserve envoient à l'assaut des lignes britanniques des hommes très
jeunes, mal entraînés. A Langemark, 3 000 d'entre eux tombent en quelques
heures sous les balles anglaises. On en fait des héros. Avec le poème de
Heinrich Lersch, Deutschland muss leben, und wenn wie sterben müssen !, Langemark
devient un mythe dans l'histoire militaire allemande : «Donner sa vie pour
que vive l'Allemagne.»
A une dizaine de
kilomètres de là, dans sa tranchée de Mesen, un caporal de 24 ans du 16e
régiment de réserve bavarois a plutôt tendance à dénoncer l'irresponsabilité des
généraux. Il s'appelle Adolf Hitler. De ce lieu et de cet instant naît sa haine
des Anglais et des Français qui ira croissante, d'autant qu'en octobre 1918, à
Werwicq-sud, atteint par les gaz moutarde lancés par les Alliés, il restera
aveugle pendant six mois. Peut-on dire alors que l'idée de la revanche et d'une
autre guerre a germé à Ypres dans l'esprit d'Adolf Hitler ? «Plus on est éloigné des événements, plus les deux
conflits de 14-18 et de 39-45 se regroupent», analyse Piet Chielens, le coordinateur de l'étonnant In
Flanders Fields Museum d'Ypres.
Hitler, en tout
cas, n'oubliera jamais les héros de Langemark. Devenu patron du Parti nazi, il
impose aux membres de la Hitler-Jungend, le serment de Langemark : «Sacrifier
sa vie pour que vive l'Allemagne». Et, en juin 1940, il va se recueillir
dans le cimetière où reposent 15 000 soldats allemands, faisant même croire à
son entourage qu'il faisait partie de l'épopée.
Ypres, pour les
Français, c'est, avant tout, les premières attaques au gaz du 22 avril 1915. Le
nuage toxique s'abat sur deux divisions composées en majorité de Bretons et de
Normands. Entre 2 000 et 4 000 hommes succombent dans les premiers jours. De «ce carnaval de morts où les enfants du sol clair
respirent sous leurs masques de cette folie éparse aux plaines de la Flandre» (Maurice Gauchez, octobre 1915), il reste comme souvenir un coin de sol
breton, planté au bord de la route de campagne reliant Boezinge à Langemark.
Là, a été dressé, dans les années vingt, un calvaire venu du Huelgoat datant du
XVIIe, entouré de petits menhirs sur lesquels sont gravés les noms
des villes d'origine des victimes : Guingamp, Saint-Brieuc... Un paysan breton
a fait don du menhir qui trônait dans son champ. Le pommier planté par les
Normands donne toujours des fruits.
Ypres c'est enfin,
par-delà l'Histoire avec une majuscule, une aventure humaine et individuelle
que le musée d'Ypres parvient à retracer à l'aide de fiches informatisées qui,
de borne en borne, permettent de suivre les parcours de 350 soldats des deux
camps. La mort est souvent leur dernier rendez-vous. Même si c'est sur divers
points du front des Flandres que se produisirent, à la Noël 14, des actes de fraternisation entre
troupes ennemies. Moments exceptionnels portés récemment à l'écran par le film Joyeux Noël.
Quant aux
dimensions de la tragédie, on la mesure en comparant cet écrit d'un capitaine
de la cavalerie anglaise en août 2014 : «Je trouve la guerre délicieuse,
c'est comme un grand pique-nique», et ce commentaire d'un soldat français grièvement
blessé le 27 octobre de la même année et qui écrit quelque temps plus tard : «Il s'est passé des choses et encore des choses qu'il
n'est pas facile de raconter à présent à cause que ceux d'aujourd'hui ne les
comprendraient déjà plus.» Ces lignes sont signées Ferdinand Céline dans Voyage au bout de la nuit.
500,000 dead in an area of 25 square kilometers.
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